Allongée sur le lit, je regardais le plafond, d’une blancheur immaculée en songeant à ma journée. Un craquement soudain me tira de mes pensées. Je me redressai immédiatement et regardait la porte-fenêtre à demi ouverte afin de laisser entrer la fraîcheur de la nuit. Le rideau de satin blanc ondula légèrement. Je percevais quelque chose d’anormal, nous étions la seule habitation à des kilomètres à la ronde. Je me levai, sur mes gardes, j’habitai seule avec mon mari sur cette plaine déserte et celui-ci se trouvait au salon où je l’y avais laissé quelques minutes plus tôt… Se pouvait-il que ce soit… Non, ils ne pouvaient pas nous avoir retrouvés, pas si vite.
La porte-fenêtre coulissa lentement, sans le moindre heurt. Abandonnant tout courage, je me glissais silencieusement dans la salle de bains attenante dont je verrouillai la porte.
Un pas lourd se fit bientôt entendre, il n’avait rien de commun avec la démarche d’Etienne, mon mari, qui était plutôt alerte. Cela confirma mes soupçons. On allait le tuer. Mû par un regain d’énergie, je me ressaisis, s’ils nous avaient rattrapés, nous devions fuir. Mais avant cela, nous devions nous débarrasser de cet homme de main. Le prendre par surprise et l’éliminer. Cela nous laisserait quelques heures de répit où nous pourrions de nouveau disparaître, et cette fois de manière définitive. Je regardais autour de moi si je ne trouvais pas un objet susceptible de nous tirer de ce mauvais pas. Le temps pressait, et malheureusement, mon arme était restée dans la cuisine, qui se trouvait à côté du salon. Je maudis cet oubli et en désespoir de cause, je m’armai de mon sèche-cheveux. J’entrepris d’ouvrir la porte aussi silencieusement que possible. J’étais étonnée que l’homme n’ait pas fouillé la salle de bain, il devait penser me trouver au salon en compagnie d’Etienne. Je m’y faufilai furtivement, sans croiser l’individu.
C’est là que je les vis, Etienne, assis dans son fauteuil, l’ordinateur sur les genoux, il devait être en train de rédiger son rapport quand l’intrus avait fait son apparition. Celui-ci le tenait en joue, me présentait son dos large et musclé. Je vis mon mari lui tendre un disque. C’en était trop, il n’allait tout de même pas lui voler son travail, fruit de toute une longue vie de recherche. Mon sang ne fit qu’un tour, et j’abattis mon sèche-cheveux sur sa tête avec toute la force de mes quatre-vingt-huit années d’existence. J’entendis alors un craquement nettement plus sec que celui que j’avais perçu dans ma chambre. Et l’homme s’effondra, le crâne ruisselant de sang.
Mon mari s’évanouit, il avait le cœur fragile le pauvre. Le cardiologue lui avait recommandé de se ménager, toutefois j’estimai que c’était là un cas de force majeure et je lui donnai deux vigoureuse claques pour qu’il revienne à lui. Il fallait que nous partions tout de suite, heureusement, l’âge avançant nous devenions de plus en plus prévoyants et nous avions un refuge où nous rendre. Nous allâmes chercher nos valises que nous laissions toujours prêtes pour les cas d’urgence et nous nous rendîmes au garage pour chercher la voiture.
Une mauvaise surprise nous y attendait. La voiture n’était plus là, et à sa place se tenait deux hommes armés. Je fermais les yeux. Mon sèche-cheveux ne me serait d’aucune utilité ici, et mon arme était restée dans la cuisine. Foutue mémoire, elle me jouait des tours. A côté de moi, Etienne s’écroula, le cœur sans aucun doute. Je vis l’un des deux hommes charger son arme.
Je fermai les yeux. Après tout, j’avais eu une vie bien remplie.